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Dictée du Téléthon

Le 3 décembre 2016


La dictée ci-jointe, dont le texte est inspiré d’un récit de Charles Chassé (1883-1965), intitulé « Fanch Lagadec, tambour de la République » (les derniers chapitres de cet ouvrage racontent le mariage du héros, célébré à Gouesnou en 1802) a été rédigée par Henri LE GUEN président de l'association " Les Fêlés de l'orthographe", avec la complicité de Philippe DESSOULIERS, du club d’orthographe de Belfort.

Elle a été donnée à Gouesnou le Samedi 19 novembre 2016 pour le Téléthon.


Une noce à Gouesnou, en 1802

Je les vis arriver à bride abattue par la ruelle du Vieux-Bourg (vieux bourg).
La tradition voulait que l’on mît en scène l’enlèvement de la fiancée. Aussi, dès potron-minet, escorté d’une vingtaine de cavaliers, Fanch, en costume paysan – grand chapeau, jaquette à basques et larges braies -, s’était présenté devant les portes closes de sa promise. Il avait feint d’exiger qu’on lui livrât la « petite colombe » et, l’ayant saisie dans ses bras, l’avait emportée, en croupe, telle une tendre amazone, jusqu’à l’église où tintait déjà la petite cloche.

Quelques semaines plus tôt, les rites des préparatifs s’étaient succédé. Le marieur, la baguette de genêt à la main, s’était rendu à la maison de la jeune fille. Vantant les mérites du fiancé, convenant du montant de la dot, il avait prié ses hôtes de bien vouloir fixer un jour pour que le prétendant  vînt lui-même s’assurer de la fortune de la belle-famille. (Pause lycéens et amateurs) Les armoires laissées entrouvertes, le paddock et ses pansues poulinières isabelle et  l’ouche plantureuse où avaient crû aulx, panais, bettes  et autres légumes avaient fini de convaincre le jeune homme de célébrer les fiançailles.
(Reprise pour les amateurs) Après la messe, on se rendit au champ de la noce, attenant au pailler dont les meulons abriteraient du vent de noroît pour peu qu’Éole s’invitât lui aussi à cet hyménée. À l’autre extrémité du pré, les cuisiniers – des gâte-sauce(s) badins - faisaient mijoter dans des marmites géantes les mets du festin : soupe, bœuf rôti, porc salé et, bien sûr, l’inévitable far breton. Chaque plat était annoncé par un air de biniou. Vite installées sur les sièges de fortune, des villageoises  jabotaient à l’envi, arborant chacune leur cuillère pliante en bois sculpté,  visiblement fières de  compter parmi les quelque quinze cents invités.  
Pause pour les amateurs                                                                                                      
On servit pour terminer ce repas pantagruélique l’un de ces pousse-au-crime qui vous décapent l’œsophage mais qui vous rendent guilleret(s) et vous incitent à courir le guilledou … mais seulement après que l’on eut récité les grâces suivies d’hymnes chanté(e)s en latin ! Car c’est seulement à ce moment qu’on en vint aux chansons profanes et  que les invités esquissèrent une gavotte sur l’aire à battre… Il resterait alors à chacun, en guise de cadeau, à offrir son écot…

(Pour tous) Le lendemain matin, dès l’aube, jeunes gens et jeunes filles apportèrent dans la chambre nuptiale une soupe au lait dont tous les morceaux de pain étaient reliés par un fil ! « Rude journée ! » lança Fanch, plus sémillant que jamais.

Une noce à Gouesnou, en 1802

Je les vis arriver à bride abattue par la ruelle du Vieux-Bourg (vieux bourg).
La tradition voulait que l’on mît en scène l’enlèvement de la fiancée. Aussi, dès potron-minet, escorté d’une vingtaine de cavaliers, Fanch, en costume paysan – grand chapeau, jaquette à basques et larges braies -, s’était présenté devant les portes closes de sa promise. Il avait feint d’exiger qu’on lui livrât la « petite colombe » et, l’ayant saisie dans ses bras, l’avait emportée, en croupe, telle une tendre amazone, jusqu’à l’église où tintait déjà la petite cloche.

Quelques semaines plus tôt, les rites des préparatifs s’étaient succédé. Le marieur, la baguette de genêt à la main, s’était rendu à la maison de la jeune fille. Vantant les mérites du fiancé, convenant du montant de la dot, il avait prié ses hôtes de bien vouloir fixer un jour pour que le prétendant  vînt lui-même s’assurer de la fortune de la belle-famille. Les armoires laissées entrouvertes, le paddock et ses pansues poulinières isabelle et  l’ouche plantureuse où avaient crû aulx, panais, bettes  et autres légumes avaient fini de convaincre le jeune homme de célébrer les fiançailles.
Après la messe, on se rendit au champ de la noce, attenant au pailler dont les meulons abriteraient du vent de noroît pour peu qu’Éole s’invitât lui aussi à cet hyménée. À l’autre extrémité du pré, les cuisiniers – des gâte-sauce(s) badins - faisaient mijoter dans des marmites géantes les mets du festin : soupe, bœuf rôti, porc salé et, bien sûr, l’inévitable far breton. Chaque plat était annoncé par un air de biniou. Vite installées sur les sièges de fortune, des villageoises  jabotaient à l’envi, arborant chacune leur cuillère pliante en bois sculpté,  visiblement fières de  compter parmi les quelque quinze cents invités.                                                                                         
On servit pour terminer ce repas pantagruélique l’un de ces pousse-au-crime qui vous décapent l’œsophage mais qui vous rendent guilleret(s) et vous incitent à courir le guilledou … mais seulement après que l’on eut récité les grâces suivies d’hymnes chanté(e)s en latin ! Car c’est seulement à ce moment qu’on en vint aux chansons profanes et  que les invités esquissèrent une gavotte sur l’aire à battre… Il resterait alors à chacun, en guise de cadeau, à offrir son écot


Le lendemain matin, dès l’aube, jeunes gens et jeunes filles apportèrent dans la chambre nuptiale une soupe au lait dont tous les morceaux de pain étaient reliés par un fil ! « Rude journée ! » lança Fanch, plus sémillant que jamais.


Quelques explications


Gouesnou, Gouesnou est une ville de Brest Métropole avec les communes de Bohars, Guilers, Guipavas, Le Relecq-Kerhuon, Plougastel-Daoulas, Plouzané et Brest. La ville de Gouesnou est située au nord de Brest, elle est traversée par un fleuve côtier : la Penfeld qui se jette ensuite dans la rade de Brest, via l'arsenal de Brest. La ville accueille dans sa partie sud une partie de la zone industrielle et commerciale majeure de la région brestoise. Elle comptait 5 845 habitants en 2013.

Charles Chassé, né le 1er janvier 1883 à Quimper, mort le 30 mai 1965 à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain et biographe français qui a publié de nombreux ouvrages sur Paul Gauguin, Alfred Jarry, Mallarmé, etc... . Il a été critique d'art pour les journaux, La Dépêche de Brest, Le Télégramme de Brest. Agrégé d'anglais, il a enseigné dans divers lycées. Il s'intéressa à l'affaire Seznec ....

FANCH LAGADEC TAMBOUR DE LA REPUBLIQUE
CHARLES CHASSE  Edité par EDITIONS DE l'AMITIE, MESNIL (1944)


à bride abattue par - Sans freiner le cheval à l'aide de la bride pour lui laisser toute sa puissance.

que l’on mît en scène - imparfait du subjonctif
que je misse  que tu misses  qu'il mît  que nous missions que vous missiez qu'ils missent

Emploi du subjonctif
Le subjonctif est un mode utilisé pour exprimer un doute, un fait souhaité, une action incertaine qui n'a donc pas été réalisée au moment où nous nous exprimons. Il s'emploie avec des verbes exprimant l'envie, le souhait, le désir, l'émotion, l'obligation, le doute ou l'incertitude.
Afin de conjuguer les verbes au subjonctif on utilise "que l que" devant le verbe.

Le subjonctif imparfait, lui, est surtout employé en littérature; il exprime une action incertaine, non réalisée au moment où le locuteur s'exprimait.

dès potron-minet - Le point du jour, l'aube, le petit matin  ( idem à Potron-jaquet, potron-jacquet)

jaquette à basques - Vêtement d'homme, ajusté à la taille, à longs pans arrondis ouverts sur le devant (ce qui le différencie de la redingote),
basques - Partie découpée du vêtement qui descend au-dessous de la taille.

et larges braies - Généralement au pluriel. Vêtement en forme de culotte ou de caleçon, ajusté ou flottant, porté par plusieurs peuples de l'Antiquité et encore en usage dans les campagnes.
(nombreuses autres significations)

Il avait feint d’exiger - plus-que-parfait  indicatif
j'avais feint  tu avais feint  il avait feint  nous avions feint vous aviez feint ils avaient feint

L'indicatif est un mode personnel (qui se conjugue en personne), il sert à raconter ce qui se passe dans la vie.
Le plus-que-parfait employé avec un autre temps du passé (passé-composé ou passé simple) permet d'exprimer l'antériorité d'une action par rapport à une action passée.
On conjugue les auxiliaires être ou avoir à l'imparfait de l'indicatif auquel on ajoute le participe passé du verbe à conjuguer.

qu’on lui livrât la dot - imparfait du subjonctif
que je livrasse  que tu livrasses qu'il livrât  que nous livrassions que vous livrassiez qu'ils livrassent

ses hôtes - Personne qui reçoit (quelqu'un) dans sa demeure ou invite au restaurant, qui offre l'hospitalité.

vînt lui-même -  imparfait du subjonctif
que je vinsse  que tu vinsses  qu'il vînt  que nous vinssions  que vous vinssiez qu'ils vinssent

le paddock - Enclos aménagé dans une prairie pour les juments poulinières et leurs poulains; enclos attenant au box d'un pur-sang dans lequel on le laisse en liberté− Enceinte réservée où, au pesage d'un champ de course, les chevaux sont promenés à la main.

ses pansues poulinières - Qui a un gros ventre

poulinières isabelle  -  Nom de couleur. La robe « Isabelle » consiste en des poils jaunâtres, des crins noirs, une peau noire et des yeux foncés . Le nom viendrait du prénom espagnol Isabel, Isabelle la Catholique avait lors du siège de Grenade en 1491 fait le vœu de ne pas changer de chemise avant la prise de la ville. Cette chemise avait jauni et les manchettes étaient fort sales. On distingue isabelle clair, isabelle et isabelle foncé.

et  l’ouche plantureuse  - Nom féminin Régionale (notamment dans l'Autunois, en Charente, en Vendée). Terrain, généralement de bonne qualité, proche de l'habitation et enclos, servant de potager ou de verger ou de petit pâturage.

plantureuse - En parlant d'une chose -  Qui produit en abondance, qui est très abondante.

avaient crû aulx, panais, plus-que-parfait indicatif
j'avais crû  tu avais crû  il avait crû nous avions crû  vous aviez crû   ils avaient crû

ail, aulx  - nom masculin  Plante dont la partie sous terre est un bulbe arrondi (tête), composé de la réunion de plusieurs bulbilles ou caïeux (connus sous le nom vulgaire de gousses).

on se rendit au   -  Passé simple
je me rendis  tu te rendis  il se rendit  nous nous rendîmes vous vous rendîtes ils se rendirent

attenant au pailler - Cour de ferme ou (partie d'un) bâtiment rural où l'on conserve la paille et les fourrages.

les meulons abriteraient - Nom masculin , petite meule de foin provisoire.

noroît  Variante : noroit - Direction du nord-ouest; aire de vent correspondante. Vent de noroît

si à cet hyménée - Nom masculin  (latin hymenaeus, du grec humenaios, chant nuptial)
Chez les Grecs et les Romains, chant nuptial. Littéraire. Synonyme de hymen.

des gâte-sauce(s) badins - Gâte-sauce ou gâte-sauces. Marmiton.   Mauvais cuisinier.
badin, badine - Adjectif  (provençal badin, sot, de badar, rester bouche bée)
Qui aime la plaisanterie légère ; qui manifeste un caractère enjoué : Ton badin.

des villageoises  jabotaient - Jaboter - verbe intransitif
En parlant d'oiseaux, pousser des cris en secouant le jabot.
Littéraire. Bavarder à voix basse, en général pour médire des autres.

parmi les quelque quinze cents invités - Placé devant un adjectif numéral, «quelque» est adverbe et signifie «environ», «à peu près». Étant adverbe, il est invariable.                                                                                                

ces pousse-au-crime qui - Nom masculin invariable (du nom familier donné anciennement à l'eau-de-vie).  Ce qui incite à transgresser la morale, les usages, la loi.
Vin rouge grossier à fort degré alcoolique.

rendent guilleret(s) et -  Qui manifeste une gaîté, une vivacité légères et insouciantes.

à courir le guilledou - Rechercher, multiplier les aventures galantes

on eut récité les grâces  - Indicatif passé antérieur. On conjugue les auxiliaires être ou avoir au passé simple auquel on ajoute le participe passé du verbe à conjuguer.
j'eus récité tu eus récité il eut récité  nous eûmes récité vous eûtes récité ils eurent récité
Les grâces - Prière dite après le repas afin de remercier Dieu.

sur l’aire à battre - Nom féminin  (latin area, emplacement)
Surface plane, aménagée au sol, pour le battage ou le dépiquage non mécanisés des céréales.

à offrir son écot - Nom masculin  (francique *skot, impôt)
Quote-part incombant à chacun, dans une dépense commune : Payer son écot.

sémillant - Qui manifeste une vivacité enjouée, une gaieté pétillante avec un vif désir de plaire, frétillant, fringant.

Les définitions sont extraites des différents dictionnaires en ligne - Larousse, CNRTL, Projet Voltaire, Wikipedia, etc.

La demande en mariage (extrait)

.Charles Le Goffic (1863/1932 Lannion), est un poète, romancier et critique littéraire français dont l'œuvre toute entière célèbre la Bretagne, décrit  dans son livre, "Fêtes et coutumes populaires" publié par Armand Colin en 1911, la cérémonie des noces en Bretagne (chapitre X ).

La demande en mariage ne se faisait point par l'intermédiaire des parents. C'était un tailleur, homme d'esprit souple et de langue acérée, qui en était ordinairement chargé. On appelait ce messager d'amour le bazvalan, des deux mots celtiques : baz, baguette, et balan, genêt, parce qu'il avait d'habitude pour caducée une branche de genêt fleuri. On le reconnaissait du premier coup d'œil à cet insigne et aussi à ses bas de chausses bi-partites, dont l'un était rouge et l'autre violet.

Le bazvalan commençait par s'assurer de l'assentiment de la jeune fille et des parents. Il revenait une seconde fois à la ferme pour la demande officielle; mais il était accompagné cette fois-là du jeune homme à qui l'on ménageait un tête-à-tête avec la jeune fille. Leur entretien terminé, les nouveaux accordés s'approchaient, en se tenant par le petit doigt, de la table où avaient déjà pris place leurs parents respectifs; on leur apportait une miche de pain frais, un couteau et un verre. Le même couteau devait leur servir à couper le pain et ils devaient boire dans le même verre l'hydromel ou le cidre que leur versait le bazvalan. Après cette sorte de communion préparatoire, qui s'observe encore à Plougastel ils étaient regardés comme liés l'un à l'autre : celui des deux qui se fût dédit eût été l'objet du mépris public.


Cuillère pliante en bois sculpté (extrait)

Voir sur le site internet " paysan-breton" un article est consacré à ces cuillères.

Jusqu’au début du XXe siècle, la cuillère en buis ou en pommier prédominait dans le milieu rural. La fourchette n’est apparue qu’avant la Guerre de 14-18 dans les campagnes. Le bois a peu à peu été délaissé au profit de l’aluminium, plus facile à laver et inusable, malgré le goût aigre qu’il laissait sur les laitages. Il y avait les couverts de tous les jours et ceux « du dimanche ».

Le jour de noces était un grand jour. Tout comme on ressortait ses plus belles broderies, chacun apportait sa plus belle cuillère, et pour les plus riches ou les plus habiles, il s’agissait d’un couvert sculpté. Appelées dans le pays bigouden les « loa an dud nevez », cuillères des jeunes mariés ou plus couramment « loa eured », cuillères de noces, ces couverts sculptés et pliants n’étaient cependant pas nombreux. Il en reste aujourd’hui peu de traces. Destinés à être transportés sur les lieux de fête, leur côté pliable leur permettait d’être glissés aisément dans la poche tout en protégeant la pointe de cuillère, qui cassait facilement. De plus, la forme complexe attribuait encore plus de valeur à cet objet d’apparat. Les plus belles pièces étaient incrustées d’étain ou de cire de couleur. Quant aux motifs, ils étaient d’une grande diversité : figures géométriques, fleurs, cœurs, rouelles solaires, ostensoirs, fleurs de lys, montrant ainsi les goûts et les idées des propriétaires, dont le nom ou les initiales étaient souvent gravés.

Tout comme dans le Cheval d’orgueil, de Pierre-Jakez Hélias, certains rapportent que lors des grands rassemblements (mariages, moisson, pardons…), cette cuillère taillée et ornée par un prétendant pouvait être proposée à une jeune fille de son choix, en gage d’amour. Le garçon montrait ainsi ses espoirs de partager avec elle dans le futur ses repas et sa vie. Lorsque la jeune femme acceptait, les amoureux se fiançaient. Cette tradition était également fortement ancrée au Pays de Galles avec les « Love spoon » (cuillères d’amour).


Date de création : 10/12/2016 @ 04:40
Catégorie : Les sections - Orthographe
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